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Samain
Samonios
Porte de terre
        De Samain à Halloween

     Par Jean-Claude Laurent
 Novembre 2012









































































































SIDH

 Cairn de bougon

Cairn, Sidh,   ici Tumulus de Bougon IVème millénaire av. J.C

 

À Samain, les Celtes hantent nos cimetières.

Cette fête est à l'origine de la  Toussaint, mais plus particulièrement de la fête des Morts du 2 novembre. La période de Samain s'ouvrait chez les Gaulois dans la nuit autour du 31 octobre et du 1er novembre, marquant ainsi le début de l'année une sorte de Nouvel An. Cette fête célébrait un intervalle de non-temps l’ouverture des « Sidh » qui mettait en contact les personnages  divins  de « l'Autre monde »  avec les humains.

Si la fête de Samain est en grande partie ignorée en France par le grand  public, pourtant les gens la connaissent  indirectement sous sa forme édulcorée anglo-saxonne dite d’halloween.

Apparue en France récemment sous l’influence des séries télévisuelles venues d’outre-atlantique cette fête avec citrouilles, balais, sorcières et costumes glauques, vision de scènes de la vie américaine un peu  « coca cola » certes, mais pourtant directement inspirées par  le vieux fond folklorique ancestral des  premiers immigrants irlandais du 19ème siècle.

 

Pourquoi cette fête de Samain  est-elle tant ignorée chez nous ?

Ne devrait-elle pas en pays gaulois comme le nôtre être mieux connue car elle recèle dans ses racines symboliques profondes un enseignement qui aurait le mérite d’être médité ?

 

Comme d’autres célébrations anciennes, elle a la particularité d’avoir été recouverte et occultée dans les premiers temps de l’expansion du christianisme en Europe par la fête de la Toussaint et ce n’est pas un hasard comme nous le verrons plus tard.

 

Pour rappel, nous savons qu’avec la destruction de la culture gauloise après la défaite de Vercingétorix à d’Alésia en -51, et son assimilation à la culture gréco romaine malgré, parallèlement, l’élimination physique des druides tout  un fond de culture gauloise se maintiendra jusqu'à la chute de l’empire romain sous sa forme dite : Gallo-romaine.

Mais l’éradication presque complète de la culture celtique gauloise se fera plus tard dans les élites de cette époque par une conversion acceptée ou forcée au christianisme.

L’Eglise romaine comme une deuxième lame allait définitivement couper les restes visibles de la culture celtique sur notre sol et recouvrir ses fêtes ancestrales par des fêtes chrétiennes.

La « mise au pas » chrétienne de l’Europe  commencée par Charlemagne se poursuivra pour ce qui concerne la fête de Samain, par son fil Louis le Pieux 778-840 et le Pape Grégoire IV qui institua la fête de « tous les saints » sur tout le territoire de l’empire carolingien.

Cette christianisation de l’Europe allait cette fois  définitivement enterrer la conception ancienne du monde sur le territoire de la Gaule et particulièrement les fêtes spirituelles celtiques devenues païennes mot dérivés de « paganus » paysan montrant bien là l’aspect péjoratif que les élites chrétiennes toutes venues d’orient avaient à l’égard de la culture des indigènes « galli ».

A l’exemple d’autres fêtes, la Toussaint à donc pris la place  de la fête celte de Samain, qui a lieu  autour du 1er novembre de notre calendrier  correspondant ainsi  au début de l’année gauloise dite ouverture de «  la saison sombre ». C’est une des quatre grandes fêtes de passage de l’année celtique,  elle dure une semaine, trois jours avant et trois jours après. C’est à la fois le début d’un cycle de l’année nouvelle et la fin de celle qui s’achève.

La définition habituelle historique est de dire que cette fête  est marquée par des rites druidiques, des assemblées, des beuveries et des banquets rituels. Elle a la particularité d’être ouverte sur l’Autre Monde (le sidh des Irlandais) et donc de favoriser le rapport des hommes avec les dieux.

 

Mais pourquoi halloween conserve t-elle  le souvenir de la fête de Samain ?

 

Les origines de la Samain - Halloween sont de fait une célébration des esprits des morts, des saints chrétiens et plus anciennement pour les Celtes une célébration  des ancêtres fondateurs et par là même des dieux du sol d’Irlande et des héros du clan. 

C’est en Irlande que la civilisation celtique a durée le plus longtemps, la cause principale étant son insularité. Les légions romaines n'ayant pas franchi la mer d’Irlande, les Gaêls n’ont pas eu  à subir frontalement l’acculturation endurée par d’autres peuples.

 Il faut savoir que  l’Irlande celtique fut tardivement romanisée et définitivement christianisée seulement vers le VII siècle.

 
 Puis historiquement jusqu'à l’époque moderne, un effet de conservation des coutumes folkloriques anciennes, marqué par l’identité celtique a été conjointe à la résistance identitaire Ecossaise, galloise et Irlandaise paradoxalement catholique en réaction contre le protestantisme hégémonique  britannique.

 

Vers les années 1850 jusqu’à 1911  pour fuir  la grande famine en Irlande les immigrants s’installèrent en grande masse au État-Unis où ils importèrent halloween et leur manière de vivre.

Au-delà de la tradition chrétienne où le pape Grégoire instaure la Toussaint déclarant que ce jour le (1er novembre) et la veille le (31 octobre) les morts seraient  célébrés, d’où le mot de  Halloween ("Allhallowmas" en Celte), contraction de : "All Hallow" (tout ce qui est saint) et de "Even" (la veille) il n’en reste pas moins que cette tradition chrétienne  est à l’origine, complètement païenne.

Si donc l’église a repris  l’emplacement symbolique calendaire précédent pour placer son panthéon, de l’abîme profond de l’inconscient des peuples, toujours surgissent les fantômes de ce que l’on a voulu effacer, nul n’échappe aux archétypes profonds !

Ainsi sortent encore des tombeaux les squelettes phosphorescents, les sorcières grimaçantes  montées sur leurs balais et « Jack-o’-lantern »  parcourant le pays sans lieu entre enfer et paradis.

Mais plus profondément, conjointement avec l’archéologie, beaucoup d’études et de recherches ont été conduites sur la littérature médiévale de grande et petite Bretagne autant dans les pays de langues anglaises que sur le continent permettant aujourd’hui de mieux comprendre la mythologie Celtique.

 En effet c’est par les textes médiévaux irlandais et gallois que nous pouvons approcher la symbolique de Samain.

C’est la conversion des peuples celtes au christianisme et, en premier lieu de leurs élites, qui fait entrer l’Irlande dans le moyen âge européen. Changement de religion mais pas de classe sacerdotale semble t’il : Si le druidisme s’efface, certains druides sont les premiers convertis et deviennent les prêtres de la nouvelle église. L’apport des nouveaux enseignements au substrat celtique va donner naissance à ce que l’on appelle le christianisme celtique. 490 Les moines de Killeany  puis Colomba 563 à  Iona.

Les druides ne voulaient pas inscrire leurs mythes et leurs connaissances sur un support écrit, mais privilégiaient une transmission d’homme à homme par la parole, ce qui ne laisse hélas pas beaucoup de trace pour l’histoire. Paradoxalement ce sont donc les druides irlandais et gallois nouvellement  convertis au christianisme et au livre qui ont écrits et transmis un peu de l’héritage celtique.

 Cette conversion spirituelle interroge sur la puissance du message chrétien, son cœur évangélique d'amour d'autrui, sa validité ainsi reconnue par les druides venait-elle comme un accomplissement suite à un long chemin ?

Ou plus matériellement cette conversion est-elle le jeu logique de la dégradation d’une culture privée des ses pouvoirs d’autonomie politique après cinq siècles de prêches, de pressions militaires et de prosélytisme ?

Ou plus simplement ces convertis ont-ils pris ce qu'ils leurs semblaient le plus juste pour en faire une synthèse, se reposer et ainsi ne pas être dans un état de résistance perpétuelle à la  nouvelle modernité spirituelle de cette époque ?

Nous savons aujourd’hui comment les imaginaires religieux ou idéologiques sont instituant et modifie avec le temps une société sous la pression du nombre.

 

Ce sont donc les plus anciens contes et récits  irlandais et gallois connus et rédigés à cette époque, comme les « Mabinogion », qui nous donnent peut-être la meilleure trace de ce que fut la poétique mythologique celtique. Les mabinogion parfois appelés les Quatre Branches du Mabinogi. Ce sont quatre textes écrits en moyen-gallois (langue en vigueur du XII siècle au XVI siècle ), élaborés à partir de deux manuscrits, le Livre Blanc de Rhydderch dont la rédaction s’étale de1380  à 1410, et le Livre Rouge de Hergest qui est daté approximativement de 1350.

Tous ces écrits  vers le XII siècle  donne la base à  Geoffrey de Monmouth pour rédiger « l’histoire des rois de Grande Bretagne » et de la Vita Merlini en 1149, qui pour partie lance le roi Arthur et ses chevaliers de la table ronde à la conquête littéraire de l’Europe  médiévale avec pour univers ce que le poète Jehan Bodel au XIII siècle nommera pour la première fois « La matière de Bretagne ».

 

L’ouverture des « sidhs »

Pour en revenir à Samain, c’est l’ouverture des « sidhs » qui est au cœur  de ce moment de l’année.

Le « Lebor Gabala Erenn » (Livres des conquêtes d’Irlande) écrit par les clercs au XII siècle déroule l’histoire mythique de l’Irlande depuis l’origine et les sept peuples qui se sont succédés sur la terre d’Irlande. Les avant-derniers arrivants  les Tuatha Dé Danann  (les gens de la déesse Dana ) sont des dieux druidiques qui viennent de quatre îles du Nord du monde : Falis, Gorias, Finias et Murias. Pour s’installer, ils éliminent les "Fir Bolg" lors de la « Première bataille de Mag Tuireadh ». Mais à la fin  ils devront combattre les derniers arrivants les fils de Mile (les Gaëls actuels) à la bataille de Tailtui  Pendant cette bataille ne voyant aucun vainqueur possible sans s’exterminer tous, la  Morrigane déesse des batailles les incite à conclure un accord de paix. A cette époque mythique fut donc établie une charte qui précisait le partage en deux parts égales : les Tuatha dê Danann reçurent la moitié inférieure du monde, le sous-sol, les hommes fils de Mil reçurent la moitié supérieure, la surface.

Ainsi donc dans la mythologie Brittonique, le jour où la race des hommes triompha de la race des dieux marque la fin cette période mythique* où le surnaturel était maître incontesté de la terre, et le début d’une période nouvelle où les hommes et les dieux cohabitent sur ce même pays. La puissance des dieux vaincus restait non négligeable : maîtres de la fertilité du sol, ils pouvaient réduire les hommes à merci en leur refusant les produits alimentaires.

C’est ainsi que les dieux, rentrant dans le sol, prirent possession de ces tertres, cairns, tumulus mégalithiques préhistoriques ou monticules naturels, où le celte encore aujourd’hui, le paysan irlandais reconnaît  les résidences des fées et des génies de « L’ Autre Monde ».

La résidence souterraine d’un dieu particulier est appelée Sîdh, c’est ainsi que les tertres et les grottes et les eaux profondes appartiennent aux différents dieux, tel Sîdh est la demeure de « Lug », tel autre attribué à « Ogma » et tel autre encore à « Cernunnos » le magicien cornu, dieu de la régénération de la vie.

Demeures naturelles où habitent, des forces spirituelles, les dieux, la  vouivre de la fertilité, les sauvages dragons  mais aussi les démons (les ‘Fomôir’ Celtiques) qui rôdent dans l’hinterland, bref tout un univers participant du monde féerique.

Temple néméton nordique
 
Temple Néméton Nordique ( reconstitution)




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