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Opinion

NéoChamanisme :
Recherche véritable, mode  ou récupération ?

 

Explorateur solitaire aimant à la manière d’Henri Gougaud,  la poésie naturelle des peuples anciens, de fils en aiguilles,  je me suis laissé peu à peu embarquer dans la spirale de la mode  actuelle du néo-chamanisme.

Au final, aujourd’hui  je peux faire un peu, le bilan de mes rencontres, de mes enthousiasmes et de mes interrogations sur ce sujet. 

Pour commencer, la définition par wikipedia résume bien la situation : 

« Le néochamanisme correspond à une évolution du chamanisme traditionnel vers d'autres formes, associées au mouvement "New Age", pour répondre aux besoins de spiritualité et de "ré enchantement" du monde dans les sociétés modernes. Il s'est développé à la fin des années 60 en parallèle à la vague hippie et au développement de la contre culture. Redécouvrant le chamanisme traditionnel, les adeptes tentent d'accéder (à l'aide de psychotropes) à des extases ou transes pour apprendre à développer des "pouvoirs personnels". Le besoin de développement personnel par le biais de l'introspection spirituelle est parfois exploité à des fins commerciales. »

Cercle néo chamanique

 

La perte du lien avec la beauté physique des espaces naturels disparus est pour beaucoup dans la recherche d’autre chose, d’une forme de paradis perdu. 

Force est de constater que la laideur se répand aujourd’hui partout avec la pression environnementale manufacturière et ses aberrations : Le travail sans éthique, l’exclusion et l’injustice sociale, l’habitat et son béton omni présent, la malbouffe,  produit d’un environnement agroalimentaire productiviste, et la publicité agressive qui formate au consumérisme de masse.

Comment ne pas rêver d’un autre monde, le monde des origines,  pur et naturel, encore préservé  de la destruction  ? 

Ne peut-on pas penser que la résurgence dans notre société occidentale d’une pratique dite chamanique, est  une tentative de religiosité postmoderne participant des interrogations sur la place de l’homme  dans la nature, avec la sensation de la perte du surnaturel  dans un monde préoccupé uniquement d’utilitaire ? 

Un présent où  l’individu se retrouve seul face à un système compétitif  complexe mélange d’hyper capitalisme et de bureaucratie, dans lequel il doit s’inclure pour survivre, avec la perte au fil du temps  des solidarités du passé : Communautaires ou de classe. Cette atomisation du social, effet de l’hyper individualiste, n’induit-elle pas parfois le désir de retrouver, fut-il imaginaire ou bricolé un lien, une maîtrise de son destin par une quête de pouvoir personnel ?  

Couplé avec la tentative que fait naître la pensée écologique d’avoir à freiner le gâchis ambiant,  tout cela n’induit-il pas aussi chez certains le désir de rechercher des pratiques naturelles rêvées, empruntées aux peuples anciens ?

Cela est-il  plus bête que d’aller passer ses week end  dans les tribunes d’un stade de foot, de formule 1 ou  avachi devant l’écran plat du salon avalant le spectacle désolant de la télé réalité ? 

Comme le dit si bien le rédacteur de wikipédia « Il s’est  développé à la fin des années 60 un besoin de spiritualité et de "ré enchantement" du monde dans les sociétés modernes ! Le développement du néo chamanisme s'est construit à partir de ces années là, en parallèle à la vague hippie et au développement de la contre culture ». 

Mais hélas cette mouvance, sur ses marges, n’échappe pas elle non plus à la récupération  marchande moderne qu’elle entend fuir.

Un  petit marché de la spiritualité s’est  construit autour du sujet qui nous intéresse  et force est de constater que beaucoup des « chamans  autoproclamés » actuels ne sont que des petites entreprises  de stages. 

Cela pourrait être amusant, tel un grand jeu d’artistes surréalistes qui chercheraient une ultime provocation, un pied de nez au système ?

Mais hélas, l’esprit de sérieux convaincu, va de paire parfois avec des croyances et des pratiques naïves hautement dangereuses en termes de stabilité psychologique, d’honnêteté intellectuelle sinon financière pour la personne  fragile qui espère trouver là un remède à ses maux. 

Nous sommes à des années lumière du chamane traditionnel venu de la préhistoire, garant des traditions  d’un peuple, gardien tribal ancestral d’un savoir local singulier. 

Le chaman  ancien participait de la culture de sa société mais n’était qu’un des divers éléments du dispositif symbolique et mythologique de son peuple. Le  vieux chamanisme  est donc une conduite, une sagesse, une technique, à replacer dans le tout d’une  société archaïque. Bien d’autres fonctions participaient à l’établissement de celle-ci : Les chefs, les anciens, les guerriers, les femmes, avec des pratiques comme les fêtes, l’art, les initiations des âges de la vie, etc.….

Le chamanisme traditionnel des peuples autochtones c’est généralement presque totalement éteint, avec la dislocation ou la disparition pure et simple de  ces peuples.

Si ces peuples existent encore en tant qu’ethnies leur culture traditionnelle est souvent morte où s’est fondue dans la modernité mondialisée.

C’est bien regrettable, mais il ne reste souvent pas grand-chose de la culture chamanique authentique de ces peuples soumis et sans terre, aujourd’hui  confrontés à la  paupérisation et à l’acculturation massive.

Il est de constater que  même chez nous, la lecture, la connaissance, les valeurs de la culture française partent à la dérive,  pays où le gros bisness à l’américaine des jeux du cirque télévisuel, le bling bling, le football font recette et ont pour effet  de nos jours dans les cours d’école  de  faire passer « l’intellectuel » pour un bouffon !   

Pour revenir à notre chamanisme contemporain, il est en vogue et  en pleine expansion !

Il intéresse désormais beaucoup de thérapeutes de « bien être », qui aujourd’hui surfent et s’engouffrent dans ce créneau « porteur ». 

Avec  son arrière plan, médecine du corps et de l’âme, guérison, soins divers,  véhiculant avec lui tout une collection de concepts magiques et fumeux,  s’ouvre une petite niche commerciale. 

Certaines personnes, praticiens et clients que l’ont trouvent actuellement sur ce circuit sont ainsi passés  au fil des décennies, d’opportunité en opportunité, démarrant  par le « rebirth » dans les années 80, à la voyance, à l’imposition des mains par la radiesthésie, à la « bio énergie » plus tard,  au channeling, au reiki, et au chamanisme aujourd’hui, puis bientôt  peut être à la transe évangélique !!…... 

Le mal être existentiel est parfois tellement prégnant chez l’individu dans notre société de compétition, inhibitrice et frustrante,  que les thérapeutes de toutes obédiences ont encore de beaux jours devant eux !

Qui n’a pas la tentation, le désir de parler de soi, d’être pris en charge par des croyances simplistes et rassurantes ?  

Je pense que malgré tout, il ne faut pas jeter le « bébé chamane » avec l’eau du bain ; certains sont sincères et désintéressés,  pratiquant en commun une espèce de copie ethnique réinventée à partir de vieux rituels sioux,

Mais cette mode au états unis  peut  provoquer parfois chez  les descendants actuels des peuples autochtones  un certain agacement de voir recycler  par les occidentaux leurs pratiques cultuelles et rituelles.  

Exemple : La Déclaration of War Against Exploiters of Lakota Spirituality (« Déclaration de guerre contre les exploiteurs de la spiritualité Lakota ») est l'une des manifestations les plus claires du rejet de ce courant par les leaders de ces communautés. C’est un exemple du ras le bol de la récupération tout azimut !

« Le démon de la superstition et de la croyance absurde rôde bien vite, autour de nos pratiques mais chacun prend ses risques en face de la déraison » disait récemment un authentique chef traditionnel. 

Je pense comme lui, qu’il ne faut pas mélanger les plans. La croyance déraisonnable, qui laisse ou fait croire à autrui que des choses produites par l’imaginaire existent réellement au-delà de l’objet produit par la psyché, n’est qu’un leurre.

Si à « Ancestrale » nous pratiquons une espèce de chamanisme gaulois, il ne s’agit que d’une pure réinvention, sous forme de création poétique. 

Nous savons les Gaulois,  morts et enterrés depuis bien longtemps,  un Sioux amérindien dans sa communauté se considère heureusement encore vivant, maître et gardien de sa tradition.

Que dire, des néo-chamanes français qui se réclament par exemple d’une transmission « authentique » mais hélas, sans ancrage culturel, ni possibilité valide de filiation historique ?
 

Attention, faire une analyse lucide ou émettre certaines réserves n’est pas  rejeter tout en bloc !
Car la critique que je fais ici, ne concerne et n’entame pas l’intérêt que l’on peut porter à ce mouvement.     

Le néo chamanisme me semble pertinent quant il est porté par des personnes sincères et cultivées,  (scientifiques, médecins, ethnobotaniques, philosophes, sociologues, littérateurs, artistes ou excentriques créatifs et poètes) qui eux, sont dans la posture du « chercheur » qui fait bouger les lignes. 

Je ne veux pas tomber par mes propos dans la chasse aux sorcières qui est pratiquée  surtout en France, seul pays européen qui s’est fait une spécialité de traquer tous ce qui n’est pas conforme au normatif institué par les élites de tout poil qui ont la haute main sur la police du comportement et de la pensée. (Voir les dérives de la mivilude sur le site du CICNS)
Le sectarisme, des idéologues de la rumeur anti-secte, pratiquent bien souvent ce qu’ils dénoncent ! 

Je crois que l’on peut comprendre le néo-chamanisme comme un phénomène post moderne issu d’une réaction au chaos mondial………

  Pour recentrer mon propos, je reprendrais les propos d’une amie.

La « rationalité froide n'existe que pour les imbéciles, de même que la pure fantaisie. Ce qui fait la différence, c'est  l'imagination dans le travail,  et la qualité de l'être ! »

 
Dans cette optique, que peut-on sauver aujourd’hui de tout cet imaginaire laissé pour compte ? 

Pour raison garder, il est primordial de suivre ce qu’étudie l’université avec l’ethnologie scientifique, l’anthropologie sociale et culturelle ; suite des œuvres de Marcel Mauss, Levi-Strauss, autour des arts premiers comme au quai Branly avec Catherine Clément !

Tout cela vaut bien l’écoute d’une bonne conférence ou une visite au quai Branly, plutôt que la  plupart des stages aléatoires et onéreux  des néo-chamanes !

 

Ceci dit, le droit de chercher un sens au monde qui nous entoure n’est pas apparemment encore complètement interdit dans notre république;  

 Que faire pour qui n’a pas  à sa disposition un laboratoire au CNRS, ou le « vulgum pecus » comme moi ?

Espérons peut être que nous avons  encore le droit de cultiver modestement notre créativité personnelle et  comme tout  être humain de réfléchir sur l’imaginaire, la littérature et la poésie !   

 

C’est ce  que nous tentons de faire localement et modestement  à « ancestrale », mais cette création artistique insolite  n’a pas la prétention de guérir le cancer, la fluxion de poitrine, les corps au pieds et surtout pas de  vouloir vivre aux crochets de ses contemporains en  laissant croire que l’on peut guérir « chamaniquement »   toutes les souffrances psychiques ou physiques.

Je pense que la connaissance est hautement utile, la foi indispensable pour vivre toute entreprise, mais que les croyances et les certitudes déraisonnables sont nuisibles en tout !

 

Au final, à l’heure actuelle, je pense que le chamanisme, n’est pas très intéressant, s’il n’est pas replacé dans l’étude valide, globale des mythes et des spiritualités premières.

Je pense que porter un regard objectif, sur  la culture, la sagesse, la spiritualité, les pratiques sociales élaborées par les peuples premiers n’est pas forcement faire un retour nostalgique vers un monde disparu.
Revivre le passé, faire retour vers une période antérieure de l’histoire est impossible, l’histoire ne repasse pas les plats, notre monde, même en intégrant un jour la sagesse ancestrale ne sera plus l’âge d’or de l’équilibre naturel des peuples premiers.
Faire l’impasse sur le présent, l’évolution des mentalités et des techniques de ces deux derniers siècles serait absurde,  mais comparer, évaluer ces civilisations avec la notre, en termes de qualité de vie, qualité d’existence à vivre ensemble est me semble t’il, très raisonnable pour l’avenir !

j.c.l.A

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